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« The Heavy », Quand on demande un FunkyRockBlues au shaker.

À l’époque où je ne dépassais pas un mètre cinquante mon père possédait encore un vieux Tepaz et sa collection de 45 tours. Certains de ces vinyles ont durablement forgé mes oreilles et mon imaginaire. Entre Benny B et les Rita Mitsouko je me rappelle avec nostalgie de ce genre de rock à la teinte chaude cuivrée, au groove prononcé et au grand cœur qui me faisait danser frénétiquement. C’est dans ce registre sonore que je vous emmène avec le dernier album de The Heavy : Hurt and the merciless.

L’atmosphère est d’une tendre chaleur, on la sent glisser sous la peau comme le cul-sec des premiers shooters. On entend le souffle du micro, le grésillement des amplis à lampes. Les projecteurs sont anciens, ils transpirent la poussière brûlée. Recouverts de simples gélatines monochromes, ils éclairent la scène de couleurs joyeusement saturées comme déformées à la façon des vieilles télévisions cathodiques.

Le show commence. La voix est une exhibitionniste. Du haut d’un porté bien roulé elle se magnifie, joue de ses charmes avec passion. La batterie bombant le torse la soutient avec puissance et justesse. Autour de ce binôme la parure du paon se dévoile, riche de formes et de couleurs. À la manière de ces comédies musicales de Broadway chaque instrument vient jouer sa partition dans la mise en scène sonore. Au son des cuivres les tabourets de bar se déhanchent du haut de leurs pieds. La tension des nuques suit en rythme la chorégraphie des cordes. De leurs élans dramatiques piano et synthé viennent parfois attendrir la scène. Tandis que cachés dans le décor les cœurs habillés en sirène ensorcellent le public. Il en perd la voix, l’alcool ayant déjà pris la raison.

Cet album manque peut-être de prises de risques, de nouveautés, reste qu’il exhume une palette de couleurs rayonnantes dont malheureusement la fabrication n’est plus trop à la mode, c’est un plaisir que d’y plonger les lèvres.

« Aaron Taylor », quand la Soul dilate les veines.

Pour cette première chronique du mois de juillet mon objectif est de susciter chez vous ce bourdonnement, ce ronronnement de gorge primal et puissant si simplement exprimé au travers de la langue anglaise par le minimaliste verbe « to hum ». Pour répondre à cet objectif je m’éloigne de mes terrains électroniques habituels et plonge votre ouïe dans la chaleur d’un bain de Soul..

On se délecte aujourd’hui du premier EP de Aaron Taylor prénommé Still Life et dont la deuxième piste Lesson Learnt semble avoir déjà largement conquis le monde de la pub et ce n’est pas sans raison que le vendeur de pomme le plus riche au monde habille les réclames de ses montres avec cet artiste. Il y a une forme de clarté, de simplicité dans cet Ep. Non pas qu’il nous amène dans le minimalisme mais plutôt qu’il ne laisse pas la place au superflu.

On Trouve une instrumentalisation qui utilise avec intelligence les possibilités permises par le genre. Ainsi à chaque piste est donnée une identité musicale distincte marquée par un registre instrumental différent. La première penche vers l’éléctro explorant les possibilités données par une rythmique à base de claquements de mains rehaussée grâce à un synthé et une suave ligne de basse. La deuxième est sans doute la plus soul. Richement construite, guitare, cuivres et piano se dévoilent avec enthousiasme et les mouvements incontrôlés de mon bassin me laissent entendre que je suis conquis. La dernière enfin, par son sujet (l’insécurité amoureuse) est beaucoup plus blues. Le tempo plus lent, les cymbales, la guitare en retrait permettent de créer une tension plus dramatique.

Je dois aussi saluer le chant de Aaron Taylor. Plutôt dans les aigus sa voix est très expressive, ses modulations sont justes et on se laissera aisément guider entre joie de vivre dansante, enthousiasme  insouciant et gravité sentimentale. Je dois par ailleurs préciser qu’à mon sens cet Ep est très littéraire. En plus de paroles sincères évoquant des thématiques pertinentes, chaque piste est introduite par du texte parlé. On y entend l’artiste avec des extraits de Martin Luther King, ou encore du poète Wallace Stephen. Mais ces insertions parfois très référencées sont loin d’être gratuites et posent avec intelligence une ambiance qui met en valeur la piste qui va suivre.

Cet Ep résonne en moi sans aucun artifice et je ne saurai que vous conseiller de succomber à son charme.

 

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