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« Model/Actriz », Pour tous ceux voulant écouter le son d’une montagne qui s’élève.

Après un moment relou, une dispute ou une quelconque prise de tête, j’en appelle au son. Mais loin de moi l’idée d’apprécier la tendresse ou les formes agréables d’une jolie balade, Non ! Il faut purger le mal par la violence, par le bruit. Catharsis, fais moi mal de tes harmoniques que je me sente vivre à nouveau.

Devant le feu, mon attention est avalée. Il en va de même en écoutant ceux qui bâtissent les montagnes. Tout commence par le rythme, la régularité implacable. Incessant et inaltérable, le battement marque une à une les marches rocailleuses, les quelques décimètres gagnés en direction des cieux. De cette énergie naît le mouvement tectonique primordial. Pour l’instant la terre est basse mais à chaque pincement, à chaque ligne, la collision apparaît de plus en plus évidente. La terre gronde. Elle s’agite. Sous le manteau de percussions, la tension se fait plus forte à chaque mouvement. Contact ! Le sol s’élève, la terre éructe. Voix sauvage, brute et violente. Incontrôlable, sa puissance projette d’innombrables morceaux de roches. Certaines pierres sont graves et lourdes. Elles roulent avec langueur sur les flancs coupants du tout jeune relief. D’autres sont plus petites. Projetées vers les airs transpercent-elles les nuages de poussière d’un cri strident.

Le sol se fissure, chaque accord sculpte un nouveau sommet. Course effrénée à qui sera le plus fort, le plus haut. Une falaise s’élève. Des pans de granit viennent toucher les nuages. Jamais la montagne ne s’affaisse. Grandir, croître. Le temps s’accélère, les cymbales se heurtent aux arêtes escarpées. Surchargé de poussière noirâtre un flash électrique fend l’atmosphère. Au sol, une titanesque aiguille rocheuse se brise. Vacarme assourdissant. Je reste figé devant la splendeur de concert de pierres. Entre deux gerbes de lave électrique, un souffle d’air frais vient balayer l’air vibrant saturé de souffre. Fugace photo du calme après la puissance. Les particules retombent.  Une nappe de particules sombres vient recouvrir les nouvelles aspérités. L’air est devenu irrespirable. Dorénavant il n’y a plus que les limbes et leur voix d’outre-tombe pour venir hanter ces agrégats informes.

De ma colère j’ai fait poussière. Terreau fertile pour un futur moment à la tonalité, je l’espère, florale.

« Hórmónar », pour croiser des Islandaises criant la grâce du Punk.

Dans la nuit sèche et froide je n’aime pas m’attarder. Tandis que chaque respiration s’apprécie de sa douleur, je marche. Il me faut quelque chose. L’air me brûle. Les bourrasques exhument des larmes. Je plisse les yeux, je n’en puis plus. Il me faut un album pour tenir ces vingt putains de minutes. Mes mains engourdies remontent l’arceau couvrant ma nuque jusqu’au zénith de mon crâne. Je sens avec douceur les coussinets qui viennent cercler mes oreilles, je suis paré.

Un son métallique, sorte de claquement régulier, déchire le flegme nocturne qui m’entoure. J’appréhende ce son. Il me figure des ouvrages de titans, des lieux où l’on plie le métal selon la volonté des hommes. La marche d’un marteau et d’une enclume, voilà ce qu’il me semble entendre. Le sol en tremble. Une basse rauque et puissante gronde à ma hauteur. Ses vibrations sont lourdes. Elle transpirerait presque une odeur de mazout.  Devant moi se dessine une Valkyrie tout de noir vêtue. Un langage nouveau vient à moi : diction abrupte, cassante, à la musicalité fiévreusement articulée. Ses cris sont fiers, ils guident son cortège de Guitares-hérauts. Les cordes électriques façonnent l’atmosphère, la saturent d’une tension orageuse.

Passion, fougue, débordement. Les frappes se chargent, s’accélèrent et s’accumulent. Je les sens sous ma peau, dedans elles grognent. Cut ! Moment suave, un fugace silence chanté retient ma jouissance en suspens. Une seconde et les rugissements reprennent pour mieux s’écraser sur les murs crasseux de la rue qui m’entoure. Les cris se crispent, ils se serrent, la rythmique également. Je cours. Peut-être par crainte de rater une croche perdue dans le rouleau de cette déferlante percussive.

J’ai l’impression que le temps s’étire. Les morceaux se font désirer. Au creux d’une épopée viking, la folie d’un cuivre se joint à cette bataille de la suprématie sonore. Des plaines couvertes de blanches se font envahir par des bataillons de noires. Bruit ou silence, calme ou tempête la Valkyrie me guide jusqu’au pied de l’immeuble.

Je quitterais presque ce froid avec regret. Je profite des quelques secondes restantes de musique avant avant de retrouver la chaleur d’un intérieur. Je pousse la poignée, la porte reste figée. Je lève les yeux : mauvais numéro. Je crois bien m’être perdu en route.

 

« Le Prince Harry », pour retrouver avec insanité le faste temps des cathodiques.

La nuit est tombée. Les musiques d’ascenseur ont descendu leur volume, les sonneries de téléphones se refusent désormais à être dérangées. Quant aux jingles publicitaires, ils ont accompli leur migration quotidienne. Passage rituel de la rue à l’espace domestique. Je rentrais alors chez moi, casque vissé sur le crâne, quand mon écoute fut parasitée par le vrombissement lointain d’un néon suicidaire.

J’ai tendu l’oreille afin de pister le sonneur de trouble. Ma quête a pris fin quelques mètres plus loin, lorsqu’une lumière vacillante attrapa mon regard du fond d’une ruelle. Lorsque je me suis rapproché de cette tache à la couleur criarde, abandonnée à la noirceur nocturne, je pris conscience de mon erreur. Je me trouvais face à une vitrine de magasin, vestige d’un cybercafé sous Windows 95. Le vrombissement  ne provenait pas du néon, il suintait de ces vitres habillées par les feuilles d’un journal décennal. Alors que je mettais ma main sur le verre tremblant, je fus happé et me retrouvai transporté au cœur du tapage nocturne.

Une odeur de poussière brûlée m’attaqua soudainement les narines. À mesure que mes yeux s’habituaient à ce brusque changement de luminosité, j’eus l’impression de sentir du mouvement. Effectivement, des écrans cathodiques flottaient autour de moi. Ils vibraient de toute leur force hertzienne. De leurs boîtiers grisâtres respirait un parfum électrique. J’entendais dans un coin de la pièce un cœur de scanner. Les imprimantes envoyaient bruyamment les feuilles voler. Les vielles tours faisaient claquer les pales de leur ventilos sur leur câblage. Les claviers étaient sous l’influence d’une force invisible, chaque frappe sonnait telle une touche de synthé au son fier et à la tonalité néon.

De ce rituel shamanique électronique émergea une figure ; créature androgyne et anthropomorphe composée de fils de fer polygonés. Autour d’elle, son orchestre cybernétique. Telle une chef d’orchestre, avec sa maîtrise de l’air-guitar, elle guidait ses troupes d’une marche électro-grunge. Les souris dansaient frénétiquement du haut de leur connectique archaïque. Le son était fort. Ses teintes étaient saturées ; son rythme scandé avec puissance. Les nappes recouvraient toutes les fréquences. Des voix couleur garage fracassaient les petites enceintes éparpillées par ce grand tourbillon synthétique.

Cet album m’a emporté dans des contrées aux effets spéciaux datés mais à l’énergie véritable. Une belle découverte pour qui veut secouer sa tête au moins à 88 mph.

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