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« Stolen Jars », pour embrasser la vitalité du printemps.


Auriez-vous une envie de printemps, peut-être même d’été. Envie de cette fragrance de bitume qui se révèle après la pluie. Celle que l’on retrouve furtivement au zénith d’une éclaircie de Mai, où le soleil reflété sur le goudron mouillé se change en disque de lumière. Je ferme les yeux, ébloui. Alors, en cet instant fugace, je sens la chaleur se décalquer sur mon visage, je respire cette brise humide qui se frotte à mon visage. Cet instant-là je l’aime, il fait vivre.

Il y a dans l’album de « stolen jars »: kept une douceur sonore à la spontanéité joyeuse qui m’a rappelé de tels moments. Je suis dans le train, au premier jour des vacances, en route pour les paysages familiers de ma Provence. Ces instants sont grisants en même temps que rassurants, le sentiment d’être libre et de revenir à une temporalité moins agressive. Vient le temps d’échanger les crissements du métro pour la légèreté d’un vélo.

Je glisse, les graviers s’écartent de ma route, battent le chemin d’un rythme rapide. J’ai l’impression d’aller tellement vite. Les rayons de mes roues deviennent des cordes, les guitares résonnent avec la même énergie que mes coups de pédales. Le vent siffle dans mes oreilles, il chante avec passion sa liberté, son amour du mouvement. Je pense à celle que je vais rejoindre ce soir. Il me semble la voir. Se tiendrait-elle au centre d’un champ de blé, les épis dorés lui caressant les cuisses. Droite, sa silhouette poétique m’appelle à l’innocence des mots doux et aux tendresses champêtres. Un dernier coup de pédale.  Je me redresse et me laisse porter par la vitesse. Du haut de mon vélo j’admire. Je ne sais si j’ai les yeux ouverts, est-ce que cela importe ?

Cet album est touchant. J’y vois la nervosité jouissive d’un Vampire-Weekend, la contemplation heureuse de Youth-Lagoon, l’atmosphère d’une folk aux inspirations pop. Comme dirait ma grand-mère « tout cela a un goût de revenez-y ».

« Oki Dub Ainu », réenchanter la forêt magique

OKI-DUB

Cette semaine, enfilez vos bottes en peau de phoque et votre plus belle chapka. Nous partons à la découverte de chansons venues du froid : l’œuvre du Oki Dub Ainu Band.

Il n’y a pas si longtemps, le nord du Japon était un jardin. Une forêt broussailleuse et magique peuplée de monstres et de fantômes. Une terre vierge, inconnue des empereurs de Kyoto et des samouraïs du sud. Cette île septentrionale était le territoire des aïnous, société indigène animiste vivant de la pêche et de la chasse à l’ours. Le soir, autour de l’âtre, les vieilles du village se réunissaient pour chanter la légende du dieu renard ou de l’esprit des bois.

Combattu par les forces de l’Empire, ce mode de vie a aujourd’hui disparu au profit de la civilisation nippone. Subsiste une minorité ethnique, reconnue par Tokyo. Mais, pour beaucoup, il s’agit aujourd’hui d’une culture morte destinée aux musées et aux livres d’Histoire. La musique aïnoue s’est donc muée en une attraction touristique, presque un fossile sonore.

Et puis Oki est arrivé.

Fils d’un sculpteur influent qui popularisa le design indigène, Oki a pris le relais de son père en adaptant des mélodies millénaires aux oreilles du XXIème siècle. Sa musique tient du nabé, ce plat de l’hiver où tous les ingrédients sont jetés dans une marmite fumante. Une louche de reggae jamaïcain, une pincée de riff mystique et une cuillère de chœur féminin chaloupé.

Son orchestre, le Oki Dub Ainu, s’efforce depuis plus d’une décennie de redonner  à l’Aïnou – langue sauvée de justesse par quelques anthropologues – son caractère sacré, remuant et enchanté. Sur une ligne mélodique au tonkori – une petite harpe de bois au son sec et chaud – se posent des voix venues tout droit du monde des esprits. Entre rituel chamanique et incantations oniriques, le japonais ressuscite la musique d’un pays disparu le temps de quelques balades cadencées.

Les traditions aïnoues affirment que les hommes doivent suivre la voie de certains animaux-totems immortels. À choisir, les chansons d’Oki tiennent du saumon : sautillantes, toujours à contre-courant et bien décidées à rejoindre la grande rivière des origines.

Julius, nouveau venu sur lorpheric.com

« Slum Sociable » , quand simplicité rime avec efficacité.


Slum sociable

Il est arrivé ce soir. Le fils de ma concierge me le tend, mon visage s’illumine. Habillé d’une belle chemise blanche, marqué d’un joli tampon Australia je m’empresse de tâter du bout de mes doigts son armure de bulle. Une fois mon paillasson franchi me voici aussitôt armé de ciseaux, prêt à en découdre. Enveloppe, carton, blister un par un les multiples retranchements cèdent face à ma pugnacité. En bon conquérant, je m’autoproclame libérateur et place l’objet de ma conquête à sa juste place. La platine commence sa ronde, le diamant plonge dans les sillons pour en exhumer le parfum, les enceintes crépitent, l’heure est à Slum Sociable.

Ils sont australiens et il s’agit de leur premier Ep affublé d’un nom étrange: TQ. C’est une composition plutôt indie/pop, mâtinée de loops d’electronica. En soi la recette n’est pas de la plus grande originalité, mais quelque chose m’a touché dans leur travail. C’est d’abord le clip de Allnight qui a attiré  mon attention. Bien fait, étrange, drôle dans un certain sens il m’a rapidement plongé dans leur univers.

On est dans un travail épuré, à l’horizon lointain, et au ton bleu clair (à moins que la pochette ne m’ait dupé). Je suis pris par la pureté de leurs sons en même temps que les boucles électros m’emportent dans leurs mouvements cycliques. L’Ep me parait presque trop court à l’écoute. les pistes s’enchaînent avec fluidité et c’est souvent frustré que je me suis obligé de mettre la main dans ma poche pour choisir la bande-son de mes prochains instants.

Slum sociable c’est super à écouter pour rentrer chez soi, une fois la nuit tombée, la tête toute échauffée. Je recommande une écoute au casque,  pour le plaisir de faire comme si le monde tournait autour de soi.

« Sebastian Paul », Pour effleurer la diversité et l’intensité des dégradés de noirs.

 sebastian-paul,-on-fait-avec

Tout d’abord meilleurs vœux aux quelques dizaines de personnes qui me lisent, en bon hédoniste je ne peux que vous souhaiter tout plein de “chairs de poule” auditives.
Nouvelle année, nouveaux artistes, nouveaux coups de cœur. Je vous parle aujourd’hui du premier album de Sebastian Paul : The Messiah Complex.

Cet album a immédiatement su piquer ma curiosité. La première chose qui m’a frappé est l’omniprésence des fréquences basses. Attention je ne parle pas là d’un vulgaire Beat bien gras dopé à la testostérone, non ! Sebastian Paul a fait le choix artistique d’une orchestration à base de nappes profondes doublées d’une rythmique massive. Une atmosphère lente, lourde, parfois anxiogène qui permet de créer un contraste fort avec le chant. Un chant presque psalmodié qui se distingue par ses sonorités à la fois aiguës, saillantes, et nasillardes. Une structure complexe bien produite qui pourrait faire craindre une trop grande ressemblance entre chaque piste, rassurez-vous il n’en est rien.

Si l’album est relativement homogène et garde la même « patte sonore » Sebastian réussit à faire varier ses finitions et ses décors. L’ennui ne m’a jamais guetté, et ce n’est qu’après plusieurs écoutes que j’ai pu percevoir toutes les teintes que transmet son album. Il se dégage de son travail quelque chose de très poétique, sorte de gémissement de lumière plongée dans le grand vide, de rayon de lune amer perçant l’obscurité de la canopée nous révélant ainsi son fourmillement. Bien que je n’aie pas la capacité de comprendre tout ce que l’artiste cherche à révéler, il ne fait aucun doute que c’est avec sincérité et émotion qu’il le fait.

The Messiah Complex est un premier album réussi. Il affirme sa singularité avec vigueur et violence, tant par sa substance sombre que par ses élancées aériennes. Un artiste à suivre !

« Bo En », pour une atmosphère printanière dans un climat d’hiver.

Bo-en

Commencer cette chronique par un mot d’esprit autour de celui de noël est un objectif ardu que je n’atteindrai pas entièrement. Mon but n’est pas de vous servir un album « spécial noël » mais plutôt de saisir une occasion. A mon sens la période des fêtes a cela de particulier qu’elle nous plonge tous et toutes dans un état un tantinet régressif tout à fait agréable. Cette joie de vivre enfantine que l’on trouve communément emballée sous le sapin je vous en propose un extrait auditif.

Pale Machine est une histoire d’émotions. Des émotions joyeuses mais complexes, aux couleurs pastel et au goût sucré. C’est un peu comme si un enfant aux joues remplies de confiseries avec un visage traversé par un grand sourire nous racontait son histoire favorite. J’oublie le monde qui m’entoure. L’hiver laisse place à une course pieds nus dans l’herbe verte. Je m’allonge et plonge avec douceur dans mes songes. Je me réveille adulte porté par une excitation simple et pure telle celle d’un enfant qui se réveille un jour de kermesse.

Pale Machine est une création de l’artiste Britannique Bo En. C’est un album qui peut mettre du temps à se faire aimer. Sa forme et ses sonorités sont singulières mais exhument toujours joie et naïveté. L’ensemble pop cerclé de textes anglo-nippons permet de créer dépaysement et surprise. Mais au bout de quelque temps on s’y sent comme chez soi. Un chez-soi qui ressemblerait étrangement à du « Animal Crossing ». Cet album est également d’une richesse  sonore  marquée  aux  orchestrations  progressives. Bo En nous guide d’un sentiment à l’autre ; d’une retrouvaille pleine de bonheur entre deux amoureux à celle d’un père avec son fils.

Vous comprendrez sans l’ombre d’un doute que j’aime cet album et son coté « un tantinet régressif ». Je ne peux qu’espérer que vous aussi vous partagerez cette joie de vivre ; ce plaisir non-coupable.

Ps: pour les curieux le label sur lequel est sorti Pale MachineMaltine records.

Bonnes fêtes !!

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