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« July Talk » , Ou le rock surprenant de La Belle et La Bête

July Talk fait partie de ces groupes qui, à la première écoute, provoquent un certain étonnement. De prime abord, ils ne semblent pas prétendre faire dans l’originalité : un chanteur, une chanteuse, et la formation classique bassiste-batteur-guitariste. Sur le papier donc, dans leur album éponyme, rien de susceptible de me séduire outre mesure,  moi qui n’éprouve en temps normal qu’une attirance limitée pour le rock.

Et pourtant, dès les premières paroles, je n’ai pu m’empêcher de hausser les sourcils. Pourquoi ? D’abord, parce que ces musiciens polyvalents ne se cantonnent pas à cette formation éculée et n’hésitent pas à venir l’enrichir. Ils évitent ainsi de tomber dans la redondance : entre deux morceaux de rock assez basiques, on tombera sur du piano, quelques touches saturées de synthé … Sans toutefois jamais vraiment flirter avec l’électro/pop. Mais aussi et principalement, à cause de ce duo de voix, qui fait à la fois l’âme et l’intérêt majeur du groupe.

Dans The Come Down Champion (piste n°13), ces deux aspects sont tout particulièrement mis en avant :

Le morceau amène immédiatement une ambiance paisible, douce. Le rythme est lent, tandis que la partie instrumentale, épurée, mélange essentiellement percussions aiguës et piano. Rapidement, la voix quasi-enfantine de la chanteuse vient y instaurer une certaine mélancolie. Puis vient le refrain : une voix masculine, grave et rauque, émerge accompagnée par l’omniprésence d’un synthé. On est dès lors saisi par le contraste des voix, l’une fluette l’autre gutturale, semblant appartenir à deux univers que tout oppose.

De cette forte opposition naît une atmosphère propre à July Talk. D’un côté la puissance vocale du chanteur et de l’autre la fragilité apparente de la chanteuse mettent en place un dialogue inattendu, qui vient se développer sur l’ensemble des pistes du projet. Ceci est exacerbé par le fait que la structure de l’album, soigneusement étudiée, repose elle-même sur l’intéressante dichotomie de deux ambiances distinctes : des premiers morceaux ressort une véritable énergie, qui met particulièrement en avant le timbre singulier du chanteur. Celui-ci y occupe alors le plus gros de l’espace. En revanche, dans la seconde moitié de l’album, les pistes deviennent plus calmes. S’agrémentant parfois d’une touche de spleen, elles collent finalement mieux à l’empreinte vocale de la chanteuse.

Si agréable soit-elle, une telle construction présente un risque majeur : à trop vouloir jouer sur des contrastes préétablis, on peut finir par en devenir prévisible. À l’heure où j’écris ces lignes, July Talk n’a encore sorti qu’un seul album. Celui-ci est à mon sens une réussite, mais je m’interroge : sauront-ils se renouveler et s’inscrire dans la durée, sans essouffler leur recette ?

Boscherelle, nouveau venu sur Lorpheric.com.

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