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« Noga Erez », quand l’ombre se teint et s’éclaircit

Retournez en janvier, ou bien février. En ces temps froids d’alors, bandcamp m’apporta un ouvrage encore  inachevé. Pleins d’énergie, promettant d’ardents déhanchés et autres exécutions de boîtes de nuit, les quelques titres de Noga Erez ont réussi à exciter mes papilles auditives. Lundi, le vinyle est arrivé dans la boîte. Je déchire, puis pose la galette sur son plateau. Je suis prêt à savourer.

J’entends le cri d’un chœur. La jeune première se place sur le devant la scène. L’écho prend d’assaut ses premières paroles. Elles vibrent, résonnent. L’instrumentation l’habille d’un bleu noir à la sonorité agressive. La tenue est légère, agile. Des pans de matière se retrouvent en suspension au gré des contorsions vocales.

Je reçois les premières pistes de l’album de la même façon que certains tirages en noir et blanc. Il y a comme une dualité entre ombre et lumière, une situation où cette dernière coincée dans l’obscurité luit avec intermittence tentant vainement de se libérer. Ce contraste est protéiforme. Le temps de quelques instants il m’arrive de me sentir en lévitation, mais aussitôt la noirceur vibrante des nappes électroniques me rappelle au sol de sa pesante gravité.

Cette première partie d’album marquée d’une cold/trap aux beats parfois très rap se défait progressivement de ses tons orageux. La confrontation disparaît, on se rapproche d’un abandon. Peu à peu la bichromie s’évanouit et le contraste laisse de la place au dégradé. Des gélatines colorées viennent s’interposer entre la lumière intense des projecteurs et le noir de la scène. Les émotions se font plus nuancées, les progressions sonores laissent entrevoir une grande complexité, personnalité. J’aperçois dans ces rythmiques plus libérées un quelque chose entre lasciveté et nostalgie. Toutefois énergie et mouvement dansent toujours avec zèle autour de la vibrante voix. L’horizon semble s’élargir. Par moments les sons se parent de scintillements, de résonances plaintives quasi-végétales. L’ambiance se fait plus tamisée, le chant adoucit des contours autrefois droits et rugueux.

Avec le recul, cet album n’est pas forcement parti dans la direction que j’attendais. S’il reste de quoi en sortir plus d’un tube, ces derniers s’insèrent avec naturel dans un ensemble de compositions variées et émotionnelles.

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