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« Blood Wine or Honey », pour perdre son ouïe comme on perd son nez dans un marché aux épices

Voila bien quatre mois, depuis ma rencontre avec sa bande de copains, que je ne cesse de penser à lui. À l’époque il était single. Il ne l’est plus et je languis de vous le présenter.

Il est arrivé chez moi hier. N’étant pas Français ni même européen, il a eu du mal à trouver son chemin alors on s’était donné rendez-vous à la poste. Dès le premier regard j’ai su que ce serait physique, qu’il faudrait le forcer un peu pour qu’il se révèle à moi. Une fois déchirée sa tenue de voyage aux tons cartonnés, je le trouve vraiment beau. Ce rose aux reflets de velours est magnétique. Sa seconde peau est parée de formes surprenantes à l’arrangement psychédélique. Un certain mysticisme se dégage de lui. Avec lui, je sens tout de suite que ce sera émotionnellement fort. Assez traîné, il est temps pour moi d’écouter le chant de son corps quand je m’applique à en suivre les sillons.

J’aurais du mal à trouver un archétype qui puisse le résumer en quelques mots. Dès les premier instants, je ressens en moi les vibrations. D’abord diffuse, une cascade de percussions se rapproche et rapidement  m’ensorcelle. Un clignotement métallique accélère ma perception du temps. Des voix chuchotées, shamaniques, criées, viennent encercler mon crâne. Figures vocales fugaces dont l’apparition souvent mystérieuse n’a d’égal que leur évanescence. Par instants, un voile électronique vient nuancer cette scène sonore très ouverte. La profondeur et l’étendue de ces sonorités synthétiques mettent en lumière le concert des percussions.  Au détour d’un instant, un cuivre joue des coudes et nous fait le plaisir d’une demo de breakdance. Les formes changent à un rythme effréné.  Dans la tension la rythmique s’oublie, les fondations s’écroulent avec grandeur. Crescendo, me voilà en chute libre. Subitement, in extremis, équilibriste, me voilà retenu par une ligne de basse. C’est le retour du clignotement qui m’a guidé vers elle. Chants et instrument ressurgissent. Je profite, je ne sais à quoi m’attendre.

Perpétuelle surprise, je suis emporté par mon amant aux reflets rose velours. Il me peint une danse surréelle, sautillant avec légèreté de nénuphar en nénuphar. Seule la propagation du son le long de concentriques trahit son passage. À peine quelques minutes plus tard, il me révélè le passage d’une comète à proximité de la géante Helium A. J’observe avec jouissance les arabesques de cette ballerine stellaire, laissant dans son sillon une robe scintillante aux couleurs boréales.

Musique je t’aime, tu es mon rêve, tu es ma fuite.

« Luísa Maita », pour plonger dans l’intensité du rouge à lèvre carmin.


Les couleurs m’ont toujours été d’un grand soutien lors de la retranscription d’une ambiance sonore. Avec le temps et les écoutes successives la teinte de chaque son s’affirme au sein de mon imaginaire auditif. Et si mon nuancier prendra certainement encore plusieurs années avant d’arriver à maturation, les grands traits y sont stabilisés. Aujourd’hui on parlera de Rouges.

Un tabouret à trois pieds, central dans la pénombre, il est éclairé par une ampoule aux filaments rougeâtres. Au son criard du jack qui se branche, la foule, alerte, se mue en une mer silencieuse. Le rouge se fait plus intense, il commence à peindre les visages. Une silhouette féminine, presque esquissée se détache de son piédestal. Saisissante, fine, intense et sensuelle elle approche sa voix. Ses bras s’ouvrent. Je sens ses mains qui se posent avec douceur sur mes épaules. Ses lèvres habillées de braises montent à mes oreilles, les enivrent de suaves vibrations.

Le son résonne en moi, plein et brûlant. Je me sens comme au creux d’une serviette chaude, enrobé. Le rouge prend alors des teintes pourpres aux reflets de velours. Ce sont les rondeurs des basses qui m’inondent, mon cœur s’échauffe. J’entends les percussions qui se rapprochent. Au souffle des cymbales qui s’entrechoquent les lèvres braisées se ravivent. Prises par la nouvelle dynamique les cordes suivent l’appel d’air. En tension elles sont indispensables à une voix qui se livre à un spectacle de funambule. Les chansons se suivent telles les robes d’un défilé, collections et déclinaisons élégantes d’une même sensibilité. Une soie légère à la découpe échancrée et aux reflets framboisés se porte très bien sur quelques claviers sucrés tandis qu’une longue robe sensuelle bordeaux s’accompagne parfaitement de percussions tamisées sur fond de nappes profondes.

Cet album est relativement homogène. La dominante magenta est certaine, ce qui pourra provoquer chez certains un sentiment de monotonie, néanmoins le dégradé est assez bien fourni pour se laisser surprendre même après plusieurs immersions.

« Alexander Lewis », quand être cambriolé amène créativité.

alexander lewis

Si jamais le titre de cette chronique vous interroge, oui il y a bien une histoire de cambriolage derrière ce single. C’est pour repayer son équipement que Monsieur « Alexander Lewis » a sorti ALL MY SH*T JUST GOT JACKED et cette démarche a su attirer ma curiosité, et peut-être aussi mon empathie.

Avant toute chose je vous invite à dépenser la modique somme de 1$ afin de pouvoir écouter les 3 pistes du single sans temps de chargement. Ces trois pistes n’en sont qu’une et ce serait desservir ce single que de ne pas profiter de transitions fluides et prévues pour l’être.

Les quelques minutes de ce single sont extrêmement intenses. On nage dans une électro qui flirte avec un Big Beat sur fond de rythmiques tribales. Les sons  y sont denses, qu’ils s’écrasent sur mes tympans avec fracas et tumulte. Pour autant, bien loin de moi l’idée de vous proposer du bruit pour du bruit. Plus que l’impact sonore de cet album ce sont les émotions qu’il dégage qui me poussent à vous le proposer.

Ces pistes s’enchaînent telles un récit, racontant chacune un ressenti, une expérience de vie au fil d’une progression très naturelle. Les premiers instants expriment peut-être un malaise, une expérience chamanique difficile mais formatrice. A cette phase de balbutiements douloureux succède un balancement entre des phases douces et violentes comme si l’accès à une jouissance intérieure était toujours parasitée par un je ne sais quoi échappant à tout contrôle. Enfin La troisième piste qui est par ailleurs la plus longue fait la part belle à des sons plus optimistes. Sans perdre en puissance on s’y sent plus apaisé, je m’y sens comme au début d’une histoire amoureuse où la crainte du rejet s’évanouit pour laisser place à une envie d’aller vers l’avant.

Ces 8 minutes, même en boucle, en appellent à mon endorphine. Alors que j’avoue avoir parfois du mal à créer des images sur une musique purement synthétique, je peux vous assurer que mes sens sont ici exaltés à tel point que la fin du morceau, plutôt ouverte, n’en est que plus frustrante.

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