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« Le Prince Harry », pour retrouver avec insanité le faste temps des cathodiques.

La nuit est tombée. Les musiques d’ascenseur ont descendu leur volume, les sonneries de téléphones se refusent désormais à être dérangées. Quant aux jingles publicitaires, ils ont accompli leur migration quotidienne. Passage rituel de la rue à l’espace domestique. Je rentrais alors chez moi, casque vissé sur le crâne, quand mon écoute fut parasitée par le vrombissement lointain d’un néon suicidaire.

J’ai tendu l’oreille afin de pister le sonneur de trouble. Ma quête a pris fin quelques mètres plus loin, lorsqu’une lumière vacillante attrapa mon regard du fond d’une ruelle. Lorsque je me suis rapproché de cette tache à la couleur criarde, abandonnée à la noirceur nocturne, je pris conscience de mon erreur. Je me trouvais face à une vitrine de magasin, vestige d’un cybercafé sous Windows 95. Le vrombissement  ne provenait pas du néon, il suintait de ces vitres habillées par les feuilles d’un journal décennal. Alors que je mettais ma main sur le verre tremblant, je fus happé et me retrouvai transporté au cœur du tapage nocturne.

Une odeur de poussière brûlée m’attaqua soudainement les narines. À mesure que mes yeux s’habituaient à ce brusque changement de luminosité, j’eus l’impression de sentir du mouvement. Effectivement, des écrans cathodiques flottaient autour de moi. Ils vibraient de toute leur force hertzienne. De leurs boîtiers grisâtres respirait un parfum électrique. J’entendais dans un coin de la pièce un cœur de scanner. Les imprimantes envoyaient bruyamment les feuilles voler. Les vielles tours faisaient claquer les pales de leur ventilos sur leur câblage. Les claviers étaient sous l’influence d’une force invisible, chaque frappe sonnait telle une touche de synthé au son fier et à la tonalité néon.

De ce rituel shamanique électronique émergea une figure ; créature androgyne et anthropomorphe composée de fils de fer polygonés. Autour d’elle, son orchestre cybernétique. Telle une chef d’orchestre, avec sa maîtrise de l’air-guitar, elle guidait ses troupes d’une marche électro-grunge. Les souris dansaient frénétiquement du haut de leur connectique archaïque. Le son était fort. Ses teintes étaient saturées ; son rythme scandé avec puissance. Les nappes recouvraient toutes les fréquences. Des voix couleur garage fracassaient les petites enceintes éparpillées par ce grand tourbillon synthétique.

Cet album m’a emporté dans des contrées aux effets spéciaux datés mais à l’énergie véritable. Une belle découverte pour qui veut secouer sa tête au moins à 88 mph.

« Magic bones », pour avoir mal au cou sur le chemin du boulot.

Magic bones

J’ai toujours horreur de ces bibliothèques musicales où il est impossible de trouver autre choses que quelques mp3 disparates. La même frustration est présente à l’ouverture d’un puzzle auquel il manquerait des pièces. Ainsi, je ne m’imaginais même pas faire de chronique sur le single dont je vous parle aujourd’hui, mais lorsque je découvre sur mon Ipod que l’entrée « Magic bones » comporte 4 pistes au lieu des 2 attendues, les fers de mon autocensure volèrent en éclat au rythme de mon headbanging.

« Magic bones » est un jeune quatuor de rockeurs Australiens et on parle aujourd’hui de leur second single « Danger I Am ». Si j’ai immédiatement accroché à leurs productions je pense que c’est d’abord parce qu’il m’a rappelé certaines de mes premières explorations musicales. Il y a de cela quelques années alors que je commençais à remplir par moi-même le dossier « album » de mon disque dur j’ai eu une phase Pop/Rock british avec notamment The Hoosiers, The Fratellis ou encore The Automatics comme tête d’affiche. D’une certaine façon l’enthousiasme et l’insubordination de Magic Bones fait écho à ces amours de jeunesse. Leur son peut certes paraitre assez classique mais il s’en dégage une énergie, un entrain qui vous prend instantanément.

Si vous êtes de ceux qui profitent de leurs albums de rock en hochant la tête préparez-vous, le tempo de ce single est frénétique. Cette allure qui laisse les cymbales dans un état de vibration quasi-constant émane du côté garage-punk du groupe, c’est ce qui leur donne puissance et arrogance. De leur côté les cordes sont plus mesurées dans le sens où quand bien même elles s’usent la voix et se saturent avec chaleur, le bruit n’outrepasse jamais la mélodie. Cet équilibre est complété par le chant qui humanise l’ensemble. Les deux voix, une féminine l’autre masculine, par leur alternance créent une tension dans les pistes. Elles se cherchent se plaisent, se confrontent parfois avec crânerie ou même avec violence. J’ai l’impression que c’est la figure du gentil « bad boy » qui résume le mieux mon ressenti. Ce personnage attachant par sa fougue et sa jeunesse qui essaye, en faisant (gentiment) du bruit, de plier le monde à sa volonté.

Pour un groupe qui n’a pas encore un album à son actif Magic bones respire audace et inspire véhémence, j’attends la suite avec impatience.

« The Fat White Family », Quand le garage du voisin fait du bruit.

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Vous avez aujourd’hui envie de vous rebeller, de râler contre ces artistes trop aseptisés qui passent à la radio, j’ai ce qu’il vous faut. Je vous présente ici-même Champagne Holocaust, une production dissonante, déglinguée, et certainement désinvolte. Cet album est le premier du groupe, il faut toutefois préciser que les six membres le composant ne sont eux pas à leur début.

The Fat White Family puise sans aucun doute leur inspiration dans un vieux Rock garage US, une Amérique profonde en contradiction avec son temps. Les guitares sont saturées, mal accordées et accompagnent un chant oscillant entre nonchalance et lamentation bruyante. Les textes vulgaires et abrasifs m’invitent  à rentrer dans leur protestation. Je suis absorbé par leur rythmique. Je prends plaisir à les rejoindre dans leur impertinence, je me sens un peu comme avec une bande de vieux copains avec qui on fait des blagues de mauvais goût.

Champagne holocaust est une construction musicale étrange, il y a quelque chose de rouillé dans son ambiance, et on s’étonne que tout tienne encore debout. On y voit un vieux tracteur abandonné dans les grandes plaines, cerné de champs en friche. Une machine qui s’oxyde jaunit avec le temps mais pour peu qu’on la croie hors d’usage, elle se remet en marche crachant sa fumée noire dans un orage de bruits métalliques ; prête à retourner la terre.

Cet album est une expérience agréable pour changer d’air, relâcher ses ressentiments enfouis en bougeant la tête verticalement.

 

*The Fat white Family sera en concert le 13 novembre 2015 à la cigale (festival les inrocks).

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