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« Stolen Jars », pour embrasser la vitalité du printemps.


Auriez-vous une envie de printemps, peut-être même d’été. Envie de cette fragrance de bitume qui se révèle après la pluie. Celle que l’on retrouve furtivement au zénith d’une éclaircie de Mai, où le soleil reflété sur le goudron mouillé se change en disque de lumière. Je ferme les yeux, ébloui. Alors, en cet instant fugace, je sens la chaleur se décalquer sur mon visage, je respire cette brise humide qui se frotte à mon visage. Cet instant-là je l’aime, il fait vivre.

Il y a dans l’album de « stolen jars »: kept une douceur sonore à la spontanéité joyeuse qui m’a rappelé de tels moments. Je suis dans le train, au premier jour des vacances, en route pour les paysages familiers de ma Provence. Ces instants sont grisants en même temps que rassurants, le sentiment d’être libre et de revenir à une temporalité moins agressive. Vient le temps d’échanger les crissements du métro pour la légèreté d’un vélo.

Je glisse, les graviers s’écartent de ma route, battent le chemin d’un rythme rapide. J’ai l’impression d’aller tellement vite. Les rayons de mes roues deviennent des cordes, les guitares résonnent avec la même énergie que mes coups de pédales. Le vent siffle dans mes oreilles, il chante avec passion sa liberté, son amour du mouvement. Je pense à celle que je vais rejoindre ce soir. Il me semble la voir. Se tiendrait-elle au centre d’un champ de blé, les épis dorés lui caressant les cuisses. Droite, sa silhouette poétique m’appelle à l’innocence des mots doux et aux tendresses champêtres. Un dernier coup de pédale.  Je me redresse et me laisse porter par la vitesse. Du haut de mon vélo j’admire. Je ne sais si j’ai les yeux ouverts, est-ce que cela importe ?

Cet album est touchant. J’y vois la nervosité jouissive d’un Vampire-Weekend, la contemplation heureuse de Youth-Lagoon, l’atmosphère d’une folk aux inspirations pop. Comme dirait ma grand-mère « tout cela a un goût de revenez-y ».

« Dizraeli and the small gods », quand la voix joue le rôle du Jeune Premier.

Au gré des sinueux chemins de Bandcamp on croise toutes sortes de personnes. Certaines jouent, d’autres chantent et, je dois admettre être bien plus exigeant envers ces dernières. Rares sont les moments où je laisse la voix  s’imposer au-dessus de la musique. Peut-être que je trouve généralement la musique plus sincère que le texte qui la pare. En un sens, mon exigence vis-à-vis de la chanson est double ; le texte doit se suffire à lui-même, tandis que la qualité du chant se doit d’être à niveau.

Je vous parle aujourd’hui d’un ménestrel moderne que je porte en haute estime.  Je l’ai croisé il y a de ça une dizaine de jours, assis sur son perchoir il n’était pas très difficile à reconnaître.  Je pris le temps de ralentir pour me mettre à son niveau et dès qu’il entendit le « clic » de ma souris il entama sa litanie. Sa dernière œuvre en date étant un Hip-hop dynamique et instrumentalement riche, je suis aussitôt surpris par l’épure de ses dernières créations.

La voix y est primordiale. Puissante et pourtant si agile, elle m’étreint. Elle m’emporte au fil de sa narration passant de flows rapides en eaux calmes en un claquement de cordes. Ces dernières, dénudées de tous artifices électroniques, relaient et amplifient la tension dramatique des textes portés à mon oreille. L’écriture de Dizraeli est sincère et habile en même tant que maligne. Ses récits parfois désabusés me renvoient à notre humanité. Ils  la narguent avec humour, bienveillance et sévérité sans jamais nous laisser dans la posture d’un public passif. On remarquera l’exemplarité de son articulation et de sa rythmique, quand on n’est pas déjà en train de taper frénétiquement sur son bureau, tentant désespérément de suivre le tempo.

Entre slam a cappella et chant blues/folk cet Ep possède un charme atypique et certain,  sans vouloir être « premier degré » j’avoue avec grand plaisir que cet album « me parle ».

« Cross record », ou le fragile souffle de vent dans le canyon désertique.

wabi

Bandcamp a cela de particulier qu’il crée parfois des histoires d’amour, comme toujours faites de rencontres et de séparations. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Wabi-Sabi, album dont il est aujourd’hui question, en février dernier. Sa jaquette  m’avait tapé dans l’œil et j’ai eu tôt fait de l’inviter dans ma wishlist. Bien qu’alléchant Wabi-sabi fut cependant trop prude, il ne voulait pas se découvrir au-delà de deux pistes ; à moins de m’engager dans une relation sérieuse avec lui. Le temps est venu de faire son affaire ; lors d’un ménage de printemps sur ma page je l’ai renvoyé chez lui. Or, voilà que fin août je le recroise au gré de mes promenades digitales. Piqué par la même passion qu’autrefois et regrettant mon comportement envers lui, j’ai immédiatement passé commande.

Cet album est pour moi la photographie d’un paysage en time-lapse. Si le cadre et le sujet de cette photo restent les mêmes, chaque piste propose une configuration différente de ce paysage.  Mon imaginaire me donne à voir une terre séchée et craquelée au cœur d’un canyon aux tons ocres, laissant apparaître en arrière plan un ciel bleu clair d’une beauté puissante et immaculée. Un équilibre frêle nait ainsi du balancement entre les cordes desséchées aux accents métalliques, les percussions à la lourdeur intimidante et un chant évoluant dans une sorte d’expire doucement fragile.

La reconnaissance de ce décor aride à la poésie sauvage se voit changée alors que, le ciel se charge de nuages, que le bleu se mue en un aplat de noir étoilé, que la chaleur du soleil à son zénith se fait pesante même pour le plus petit des scorpions. Parfois on croit percevoir des perturbations extérieures, tels les cris d’un animal sauvage ou bien le crépitement d’un feu rendant les profondeurs nocturnes moins pesantes.

Dans cet album, Cross Record a gravé un message sincère, profond dans des palettes de couleurs plutôt sombres. Mais, plus que tout, on y trouve un quelque chose d’inspirant, de porteur.

En attendant la suite, l’ennui n’est pas ici.

« Piment Brut », ou la découverte espagnole du jour.

crudo, bandrolle

C’est sur Bandcamp avec l’aide d’une certaine sérendipité que je suis tombé sur ce visuel. Intrigué, les premières secondes d’écoute ont suffi à retenir mon attention.

À vrai dire je sais peu de choses de « Crudo pimento », et dans la mesure où l’espagnol est loin d’être une langue que je puisse comprendre je n’ai pas été en mesure de glaner beaucoup d’infos. Originaire de la région de Murcie, cet LP (daté de 2013), le premier du groupe ( en tout cas sur bandcamp) distille un son Rock/folk diablement agréable. Les textes mêlant espagnol et Anglais sont portés par une foule de sonorités crasseuses et libératrices comme une américaine sortie d’un vieux garage qu’on emmène dans le désert le temps d’une balade.

Cet album mérite un petit détour. Il rappelle l’atmosphère d’un vieux western spaghetti  trouvé par hasard en zappant le long d’une nuit sans sommeil.

 

 

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