Tag Archives: First Ep

« MUNYA », pour tous ceux en peine de bisous et de délices réfrigérés.

Trouver à écouter, sur quoi écrire. La vie de bureau est parfois ma meilleure alliée. En cette saison, je me suis associé aux lourdeurs atmosphériques estivales. Les bouches restent fermées de peur de s’assécher, les séants s’enfoncent plus profondément que jamais dans le creux de leur fauteuil. Bref, l’activité est au plus bas et je suis libre ! Libre de tâter du casque et d’osciller entre tableurs Excel et digging digital.

C’est dans cette agréable configuration qu’en pleine après midi, les choses prirent pour quelques minutes une tournure « glace à l’eau ». Sa présence s’est fait remarquer doucement, au fil des mots seulement. Une fraîcheur salvatrice est peu à peu parvenue à mon ouïe. Aux aguets, mes oreilles scrutent avec attention les contours simples de cette forme glacée. Asymétrique, elle parait joliment policée, un peu à la manière d’un caillou de rivière. Le grain est souple. Son rythme est tendre, presque immédiatement familier. Une première couche à la fois vivace et acidulée, peut-être citronnée, vient piquer l’attention de mes papilles auditives.

Déjà l’eau est à ma bouche. Pris de passion je brise la glace, prends une bouchée et m’ouvre aux mélodies. Je suis touché par une sensation de légèreté amoureuse. Je remarque alors que des mots doux, jusqu’alors figés dans l’eau solidifiée, se révèlent à moi. Un parfum sucré aux accents érable les accompagnent jusqu’à mon palais musical. Je me délecte et sens mon corps entraîné. De temps à autre, une corde électrique vient titiller le bout de ma langue de ses reflets tiki. Délice d’un instant, images et son d’un autre présent. Deux pistes et me voilà déjà en train de cueillir les dernière gouttes. Je susurre avec attention mon bâtonnet de bois, tentant désespérément de saisir les dernières saveur avant leur évanescence.

J’en veux une autre!!!!!

Bon été.

 

 

« Hórmónar », pour croiser des Islandaises criant la grâce du Punk.

Dans la nuit sèche et froide je n’aime pas m’attarder. Tandis que chaque respiration s’apprécie de sa douleur, je marche. Il me faut quelque chose. L’air me brûle. Les bourrasques exhument des larmes. Je plisse les yeux, je n’en puis plus. Il me faut un album pour tenir ces vingt putains de minutes. Mes mains engourdies remontent l’arceau couvrant ma nuque jusqu’au zénith de mon crâne. Je sens avec douceur les coussinets qui viennent cercler mes oreilles, je suis paré.

Un son métallique, sorte de claquement régulier, déchire le flegme nocturne qui m’entoure. J’appréhende ce son. Il me figure des ouvrages de titans, des lieux où l’on plie le métal selon la volonté des hommes. La marche d’un marteau et d’une enclume, voilà ce qu’il me semble entendre. Le sol en tremble. Une basse rauque et puissante gronde à ma hauteur. Ses vibrations sont lourdes. Elle transpirerait presque une odeur de mazout.  Devant moi se dessine une Valkyrie tout de noir vêtue. Un langage nouveau vient à moi : diction abrupte, cassante, à la musicalité fiévreusement articulée. Ses cris sont fiers, ils guident son cortège de Guitares-hérauts. Les cordes électriques façonnent l’atmosphère, la saturent d’une tension orageuse.

Passion, fougue, débordement. Les frappes se chargent, s’accélèrent et s’accumulent. Je les sens sous ma peau, dedans elles grognent. Cut ! Moment suave, un fugace silence chanté retient ma jouissance en suspens. Une seconde et les rugissements reprennent pour mieux s’écraser sur les murs crasseux de la rue qui m’entoure. Les cris se crispent, ils se serrent, la rythmique également. Je cours. Peut-être par crainte de rater une croche perdue dans le rouleau de cette déferlante percussive.

J’ai l’impression que le temps s’étire. Les morceaux se font désirer. Au creux d’une épopée viking, la folie d’un cuivre se joint à cette bataille de la suprématie sonore. Des plaines couvertes de blanches se font envahir par des bataillons de noires. Bruit ou silence, calme ou tempête la Valkyrie me guide jusqu’au pied de l’immeuble.

Je quitterais presque ce froid avec regret. Je profite des quelques secondes restantes de musique avant avant de retrouver la chaleur d’un intérieur. Je pousse la poignée, la porte reste figée. Je lève les yeux : mauvais numéro. Je crois bien m’être perdu en route.

 

« Yazmin Lacey », pour une douceur de rosée aux couleurs jazz

La fleur d’un nénuphar s’éveille. Il est matin, le soleil répand ses premiers rayons avec délicatesse. Les gouttes de rosée, délicatement posées, délicatement perchées, scintillent les premières couleurs du jour. Un microcosme prend vie. Les libellules frappent leurs ailes d’un ton feutré. Du haut de leurs pattes, des araignées d’eau se mettent à la danse. L’étang devient une scène. Plantes, insectes et animaux jouent la partition de leur vie.

Une petite Coccinelle noire tachetée de rouge se fait entendre. Son vol est léger, le battement de ses ailes est mélodique. Son attraction est presque irrésistible. Autour du point d’eau, des yeux de toutes les formes et de toutes les couleurs la regardent atterrir sur le pistil floral du nénuphar. Lovée dans le creux des pétales, elle s’abreuve d’une goute de rosée et la voilà qui se met à chanter. Le jazz effleure l’étendue stagnante.

Des êtres de tous genres s’animent en musique, seulement guidés par la suave voix. Son chant déploie un grain à la fois doux, sucré et parfumé ; saveur de miel de lavande. Les percussions sont vives, parfois nombreuses, souvent effleurées. Leur légèreté rappelle la fluidité d’une vague de sauterelles sautant  d’un commun élan lorsqu’un oiseau les survole d’un peu trop près. Attiré par la fleur flottante, Léon le bourdon fait jouer ses basses. Baryton de ses ailes, son vol est suspendu aux mélodies de la belle coccinelle. Un peu plus loin, assis sur les graviers, des scarabées dorés par le soleil venus lécher la berge se font un plaisir de nous faire partager leurs reflets chaleureusement cuivrés. Quelques araignées nichées dans leur toile se suspendent çà et là. Prenant leurs pattes pour un clavier elles rodent en agile pianiste, frappant élégamment leurs cordes tendues en suspension.

Yazmin Lacey livre un tout premier ep fin, gracieux et délicat. Une légèreté à savourer.

« Aaron Taylor », quand la Soul dilate les veines.

Pour cette première chronique du mois de juillet mon objectif est de susciter chez vous ce bourdonnement, ce ronronnement de gorge primal et puissant si simplement exprimé au travers de la langue anglaise par le minimaliste verbe « to hum ». Pour répondre à cet objectif je m’éloigne de mes terrains électroniques habituels et plonge votre ouïe dans la chaleur d’un bain de Soul..

On se délecte aujourd’hui du premier EP de Aaron Taylor prénommé Still Life et dont la deuxième piste Lesson Learnt semble avoir déjà largement conquis le monde de la pub et ce n’est pas sans raison que le vendeur de pomme le plus riche au monde habille les réclames de ses montres avec cet artiste. Il y a une forme de clarté, de simplicité dans cet Ep. Non pas qu’il nous amène dans le minimalisme mais plutôt qu’il ne laisse pas la place au superflu.

On Trouve une instrumentalisation qui utilise avec intelligence les possibilités permises par le genre. Ainsi à chaque piste est donnée une identité musicale distincte marquée par un registre instrumental différent. La première penche vers l’éléctro explorant les possibilités données par une rythmique à base de claquements de mains rehaussée grâce à un synthé et une suave ligne de basse. La deuxième est sans doute la plus soul. Richement construite, guitare, cuivres et piano se dévoilent avec enthousiasme et les mouvements incontrôlés de mon bassin me laissent entendre que je suis conquis. La dernière enfin, par son sujet (l’insécurité amoureuse) est beaucoup plus blues. Le tempo plus lent, les cymbales, la guitare en retrait permettent de créer une tension plus dramatique.

Je dois aussi saluer le chant de Aaron Taylor. Plutôt dans les aigus sa voix est très expressive, ses modulations sont justes et on se laissera aisément guider entre joie de vivre dansante, enthousiasme  insouciant et gravité sentimentale. Je dois par ailleurs préciser qu’à mon sens cet Ep est très littéraire. En plus de paroles sincères évoquant des thématiques pertinentes, chaque piste est introduite par du texte parlé. On y entend l’artiste avec des extraits de Martin Luther King, ou encore du poète Wallace Stephen. Mais ces insertions parfois très référencées sont loin d’être gratuites et posent avec intelligence une ambiance qui met en valeur la piste qui va suivre.

Cet Ep résonne en moi sans aucun artifice et je ne saurai que vous conseiller de succomber à son charme.

 

Copyright © 2018. Powered by WordPress & Romangie Theme.