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« Parker’s music »: quand les nappes et les boucles viennent remplacer le ronronnement des vagues.

Parker's Music

Si sur bandcamp le Beatmaking et l’abstract/hiphop sont loin de faire partie des genres les moins représentés, je n’ai que rarement l’occasion de m’attarder sur une production musicale appartenant à ce registre. Le beatmaking a cela de périlleux qu’originellement il est censé mettre en valeur un chanteur et un flow avant lui-même. Or lorsque la voix s’efface et que le beatmaking se mue progressivement en abstract/hiphop il peine souvent à se trouver une identité propre. On entend souvent les mêmes types de sonorités, de rythmiques, généralement ponctués par ce samplage galvaudé faisant la place belle à des extraits sonores tirés de vieux films en noir et blanc.

Vous imaginerez mon plaisir en découvrant avant-hier un Ep qui a su dépasser ces écueils. Debut Ep est sorti en octobre 2015. Comme le nom le suggère il s’agit de la première œuvre de son créateur Parker’s Music. Cet Ep est un produit au croisement entre beatmaking et abstract/hiphop. Parker use de ces ingrédients sonores typiques des deux genres. On notera une batterie globalement en retrait doublée de cymbales, des mélodies explorant les fréquences plus aiguës à l’aide d’un clavier ou encore d’une flute et enfin ces nappes qui permettent d’insuffler une ambiance quasi-narrative à chaque piste. Cette recette est extrêmement bien maitrisée. Les sonorités ne sont pas répétitives d’une piste à l’autre, le samplage de voix ne tombe pas dans l’excès et l’orchestration de l’ensemble est plutôt propre.

Une réussite technique qui au regard des codes plus ou moins implicites du genre fait déjà de ce Debut Ep une bonne pioche. Cependant ce qui en fait la rareté réside plutôt dans ses extravagances. Les 40 dernières secondes de The Follow (track 2) m’ont simplement retourné la tête. Une fausse fin montée en épingle à l’aide de samples en reverse laissant apparaître avec surprise une guitare roulant des mécaniques, telle est la plus belle extravagance de cet Ep.

D’autres originalités ainsi qu’un penchant vers une musique plus électronique vous apparaitront sûrement à l’écoute. On regrettera que ces essais n’ont pas tous la même audace mais cela nous laisse toutefois attendre beaucoup de la suite.

« Fredson Jacobs », où la rencontre avec le songe psychédélique.

Fredson

Il est de ces objets que la présence répétée nous fait aimer, ce dont il est aujourd’hui question n’appartient pas à cette catégorie. Je vous présente aujourd’hui un authentique coup de foudre auditif nommé SERRT 24 sorti il y a peu et produit par le Danois Fredson Jacobs.

La nuit était déjà tombée depuis plusieurs heures. Les fenêtres ouvertes et la chaleur diffuse de l’ordinateur sur la couette me faisaient l’heure aussi agréable que silencieuse. Pas encore décidé à m’abandonner au sommeil je pars en quête de paysages sonores pouvant bercer ma nuit. C’est alors que je fus saisi, comme tétanisé de plaisir par le son qui entrait dans mes tympans. À la rencontre de cette Electro bio-morphe et végétale en perpétuelle déconstruction je plonge dans un état semi-conscient. I know s’engouffre dans mes veines et tord mes muscles de convulsions. Tout fait sens au sein du rêve. Les voix m’appellent, me figurent des gémissements de plaisir. Je me sens témoin d’une sorte de danse charnelle, au cœur d’un univers encore en genèse. Je m’y égare, tâte des fragments adorables de Venus fondante.

Comme vous pouvez vous en douter je suis tombé à genoux devant cet ep. Les 4 pistes le composant forment plusieurs instants d’un même rêve. D’un point de vue technique la recherche sonore accomplie par Fredson est impressionnante tant cette dernière est touffue et verdoyante. La rythmique, subtil mélange de ruptures continues et de crescendos, enivre nos sens. Mais ce qui fait avant tout la singularité de cet ep, c’est le travail accompli sur les voix. Il ne s’agit pas de textes ni de paroles mais plutôt de sons à l’humanité désarticulée. Jouant sur la vitesse et le pitch de ces samples vocaux, Fredson en fait des outils mélodiques et les change en pures charges émotionnelles.

Il n’est pas besoin de comprendre pour ressentir. Je vous invite à l’abandon face à cette rêverie au caractère primordial et lorsque le réveil viendra, tâchez de ne pas oublier la saveur du chant des oiseaux.

« Slum Sociable » , quand simplicité rime avec efficacité.


Slum sociable

Il est arrivé ce soir. Le fils de ma concierge me le tend, mon visage s’illumine. Habillé d’une belle chemise blanche, marqué d’un joli tampon Australia je m’empresse de tâter du bout de mes doigts son armure de bulle. Une fois mon paillasson franchi me voici aussitôt armé de ciseaux, prêt à en découdre. Enveloppe, carton, blister un par un les multiples retranchements cèdent face à ma pugnacité. En bon conquérant, je m’autoproclame libérateur et place l’objet de ma conquête à sa juste place. La platine commence sa ronde, le diamant plonge dans les sillons pour en exhumer le parfum, les enceintes crépitent, l’heure est à Slum Sociable.

Ils sont australiens et il s’agit de leur premier Ep affublé d’un nom étrange: TQ. C’est une composition plutôt indie/pop, mâtinée de loops d’electronica. En soi la recette n’est pas de la plus grande originalité, mais quelque chose m’a touché dans leur travail. C’est d’abord le clip de Allnight qui a attiré  mon attention. Bien fait, étrange, drôle dans un certain sens il m’a rapidement plongé dans leur univers.

On est dans un travail épuré, à l’horizon lointain, et au ton bleu clair (à moins que la pochette ne m’ait dupé). Je suis pris par la pureté de leurs sons en même temps que les boucles électros m’emportent dans leurs mouvements cycliques. L’Ep me parait presque trop court à l’écoute. les pistes s’enchaînent avec fluidité et c’est souvent frustré que je me suis obligé de mettre la main dans ma poche pour choisir la bande-son de mes prochains instants.

Slum sociable c’est super à écouter pour rentrer chez soi, une fois la nuit tombée, la tête toute échauffée. Je recommande une écoute au casque,  pour le plaisir de faire comme si le monde tournait autour de soi.

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