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« SÀVILA », pour une brise musicale lorsque s’échauffent les sens.

Un petit mont : la terre est ocre, comme jaunie par le soleil écrasant. À son zénith, il déloge les ombres et prend plaisir à faire se plisser les yeux des passants. Posé sur ce léger relief, le village surplombe les terres agricoles l’entourant. Les jambes sont lourdes et je sens ma boîte crânienne souffrir de la chaleur ambiante. Au détour d’une place, une petite bâtisse à l’inspiration ecclésiastique attire mon regard. Comme ses voisines, tout de blanc vêtue, elle est étincelante au regard. Une fluette mélodie s’en échappe, m ‘y attire. Réalité ou figuration de cette caresse de courant d’air tant désirée.

Je pose ma main sur la lourde porte en bois. L’obscurité m’avale. Je trébuche et ma joue vient rencontrer un sol frais à la texture délicate. Ce parterre d’herbe grasse a tenu à me faire la bise. Je me relève dans une jungle de curiosités, pénétré d’une douce musicalité. Elle paraît amicale, délicate, fière. Je ne sais où je suis. Sur le murs, des instruments s’animent. Ils chatouillent les multiples plantes grimpantes évoluant çà et là. L’éclairage est tamisé, le sol tapis de verdure. Je m’y aventure pieds nus.

La mélodie s’est éclaircie, magnifiée par un léger écho. Les pincements de cordes envahissent la pièce, laissant les notes vibrer en suspension. Une figure fugitive et je crois apercevoir une voix. Son chant m’appelle, sculpté de circonvolutions gracieuses et de crescendos brillants. Je cours à sa recherche. Ma marche est dictée par le rythme, dépendante des temps et autres contretemps. À chaque pas, à chaque hésitation, une maraca, un claquement de bois ou l’éclat d’une cymbale se fait entendre, marquant ma quête d’esthète.

Les mélodies se muent tout en nuances. Alors la pièce se réagence. Un cours d’eau creuse son lit pour disparaître un peu plus loin, dans une fougère au pied d’un mur. Un oiseau s’invite sur un rayon de soleil pour quelques voltiges harmoniques et spatiales. Je me retourne entre deux mélodies. Le temps d’un sample, j’observe le mirage de deux grand-mères partageant l’heure du thé. Incursions sonores, visions auditives d’un bruit imaginé. Mes sens sont en jouissance.

Les balades sont agréables, on s’y perd sans jamais se sentir abandonné ou esseulé. Il suffit d’ouvrir la porte. On y trouvera agréable compagnie, synesthésie.

« MUNYA », pour tous ceux en peine de bisous et de délices réfrigérés.

Trouver à écouter, sur quoi écrire. La vie de bureau est parfois ma meilleure alliée. En cette saison, je me suis associé aux lourdeurs atmosphériques estivales. Les bouches restent fermées de peur de s’assécher, les séants s’enfoncent plus profondément que jamais dans le creux de leur fauteuil. Bref, l’activité est au plus bas et je suis libre ! Libre de tâter du casque et d’osciller entre tableurs Excel et digging digital.

C’est dans cette agréable configuration qu’en pleine après midi, les choses prirent pour quelques minutes une tournure « glace à l’eau ». Sa présence s’est fait remarquer doucement, au fil des mots seulement. Une fraîcheur salvatrice est peu à peu parvenue à mon ouïe. Aux aguets, mes oreilles scrutent avec attention les contours simples de cette forme glacée. Asymétrique, elle parait joliment policée, un peu à la manière d’un caillou de rivière. Le grain est souple. Son rythme est tendre, presque immédiatement familier. Une première couche à la fois vivace et acidulée, peut-être citronnée, vient piquer l’attention de mes papilles auditives.

Déjà l’eau est à ma bouche. Pris de passion je brise la glace, prends une bouchée et m’ouvre aux mélodies. Je suis touché par une sensation de légèreté amoureuse. Je remarque alors que des mots doux, jusqu’alors figés dans l’eau solidifiée, se révèlent à moi. Un parfum sucré aux accents érable les accompagnent jusqu’à mon palais musical. Je me délecte et sens mon corps entraîné. De temps à autre, une corde électrique vient titiller le bout de ma langue de ses reflets tiki. Délice d’un instant, images et son d’un autre présent. Deux pistes et me voilà déjà en train de cueillir les dernière gouttes. Je susurre avec attention mon bâtonnet de bois, tentant désespérément de saisir les dernières saveur avant leur évanescence.

J’en veux une autre!!!!!

Bon été.

 

 

« Blood Wine or Honey », pour perdre son ouïe comme on perd son nez dans un marché aux épices

Voila bien quatre mois, depuis ma rencontre avec sa bande de copains, que je ne cesse de penser à lui. À l’époque il était single. Il ne l’est plus et je languis de vous le présenter.

Il est arrivé chez moi hier. N’étant pas Français ni même européen, il a eu du mal à trouver son chemin alors on s’était donné rendez-vous à la poste. Dès le premier regard j’ai su que ce serait physique, qu’il faudrait le forcer un peu pour qu’il se révèle à moi. Une fois déchirée sa tenue de voyage aux tons cartonnés, je le trouve vraiment beau. Ce rose aux reflets de velours est magnétique. Sa seconde peau est parée de formes surprenantes à l’arrangement psychédélique. Un certain mysticisme se dégage de lui. Avec lui, je sens tout de suite que ce sera émotionnellement fort. Assez traîné, il est temps pour moi d’écouter le chant de son corps quand je m’applique à en suivre les sillons.

J’aurais du mal à trouver un archétype qui puisse le résumer en quelques mots. Dès les premier instants, je ressens en moi les vibrations. D’abord diffuse, une cascade de percussions se rapproche et rapidement  m’ensorcelle. Un clignotement métallique accélère ma perception du temps. Des voix chuchotées, shamaniques, criées, viennent encercler mon crâne. Figures vocales fugaces dont l’apparition souvent mystérieuse n’a d’égal que leur évanescence. Par instants, un voile électronique vient nuancer cette scène sonore très ouverte. La profondeur et l’étendue de ces sonorités synthétiques mettent en lumière le concert des percussions.  Au détour d’un instant, un cuivre joue des coudes et nous fait le plaisir d’une demo de breakdance. Les formes changent à un rythme effréné.  Dans la tension la rythmique s’oublie, les fondations s’écroulent avec grandeur. Crescendo, me voilà en chute libre. Subitement, in extremis, équilibriste, me voilà retenu par une ligne de basse. C’est le retour du clignotement qui m’a guidé vers elle. Chants et instrument ressurgissent. Je profite, je ne sais à quoi m’attendre.

Perpétuelle surprise, je suis emporté par mon amant aux reflets rose velours. Il me peint une danse surréelle, sautillant avec légèreté de nénuphar en nénuphar. Seule la propagation du son le long de concentriques trahit son passage. À peine quelques minutes plus tard, il me révélè le passage d’une comète à proximité de la géante Helium A. J’observe avec jouissance les arabesques de cette ballerine stellaire, laissant dans son sillon une robe scintillante aux couleurs boréales.

Musique je t’aime, tu es mon rêve, tu es ma fuite.

« Ric Wilson », Pour profiter de l’optimisme d’un flow aux dessins engagés


Avant de placer les premiers mots, les premières secondes de réécoute imprègnent définitivement le déroulé de mon écriture. Or, le sampling a cela de merveilleux qu’il peut être concret. Il s’habille d’instants sonores réels, partagés par beaucoup. Ces sons nous renvoient à la mémoire de nos autres sens.

Les premières secondes de Banba me renvoient heureux dans ma chambre d’enfant, patchwork familier de couleurs, textures et jouets. L’ambiance est au goûter d’anniversaire. On passe son temps à courir, l’excitation d’être avec ses copains. Musique ! Musique pour s’allonger dans l’herbe, pour reprendre son souffle et reposer ses genoux fraîchement teintés de vert. C’est avec joie que je crois entendre ma maman poser de ces grands verres de limonade sur la table du jardin. Au simple bruit des glaçons s’entrechoquant, je pressens le jouissif contact froid et brûlant de la glace sur mes lèvres. Qu’il était bon le temps où la procrastination n’avait de sens que dans la bouche et dans l’esprit de nos parents.

Mais ces temps de douce simplicité ne sont pas sans fin. Le texte nous rappelle à l’envie d’être grand, de trouver du sens, de défendre des convictions. Se définir, lutter pour se faire reconnaître et estimer. Changer le monde ou au moins essayer.

La conciliation de ces aspirations contraires n’est pas aisée. L’agilité du flow y parvient. Sautillante, la voix affiche son optimisme devant la mission qu’elle s’est donnée. Pour avancer, elle semble s’être extirpée de la peur et des doutes inhérents à sa quête. Les rythmiques chaloupées guident une course dansante et naturelle. Se parant parfois, pour ses moments de grâce, de brillants éclats d’exubérance cuivrée.

Pourtant … Aussi agréable cet EP puisse être, entre deux suaves pressions sur le clavier d’un Rhodes, je ne peux me défaire de ce petit quelque chose me laissant en bouche une sorte de parfum factice. Un peu comme ces publicités lisses et propres. Montrant de beaux jeunes gens cordiaux au visage gentil. Il y manque un contraste, le récit de moments plus sombres, pour que ces airs agréables ne se dissipent dans une naïve monotonie.

« Des Lions pour des Lions », quand une fanfare aux relents balkaniques s’invite dans le métro.

Mon ami Amin est, depuis quelque temps déjà, un explorateur de world. Il parcourt les tags les plus exotiques et s’affaire devant les vitrines de ces nombreux labels à la douce senteur folklorique. Ainsi, quand je ressens le besoin d’une échappée musicale, il m’arrive d’aller prendre de ses nouvelles. Cette journée appartient à ce type de situation.

J’étais en route, assis sur un strapontin du métropolitain. Pris de fatigue oculaire, je laissais mes yeux couverts de leurs paupières. C’est lors de ce moment d’abandon que mon ouïe remarqua quelque chose de changé. Un cri joyeux et polisson se fait entendre et me tire de ma léthargie. Les sifflements et crissement aigus du métro ne sont plus, un roulis métallique au rythme cadencé les a remplacés. Je me trouve dans un wagon marqué d’une légère odeur diesel. Le soleil transperce la vitre et fait coller ma peau à ce skaï usé, relique abîmée d’un train soviétique.

Les claquements des roues sur les rails prennent une tournure entraînante. À vitesse tranquille, le train file avec l’énergie et la jovialité d’un corps de fanfare. Sur son unique voie, il découpe avec sinuosité des plaines aux reflets dorés. Le vacarme de la locomotive se mue en de puissants cuivres. Machinerie formidable et bienheureuse, il y a dans cette scénographie comme un air de marche des éléphants.  Je me vois Mowgli. Des bruits de couloir me tirent hors de mon compartiment. Un groupe de contrôleurs, mené par une taquine voix féminine, chante et danse la joie du voyage. Ils avancent à la queue leu-leu, les mains sur les épaules de le leur voisin, constamment balancés par le chahut régulier de la carlingue métallique. Au creux de chaque courbe les freins font vibrer le métal, rappelant curieusement un air de guitare gras et distordu. Le temps d’une cote un peu trop ardue, la machine se met au régime. Le paysage se savoure, je prends le temps, je sens le rythme. Quand la côte devient descente, pris dans la transe mon corps épris. Je peux vous l’assurer, les contrôleurs ne sont plus les seuls à danser. Seules les gares viennent ponctuellement stopper mon avancée, juste assez longtemps pour profiter d’une humanité aux inspirations musicales colorées. C’est le défilement de ces arrêts, aux couleurs usées par les années, qui me rappelle à la finitude de mon voyage.

Au moment où mes souliers quittent le train pour la plateforme, je fais ce constat amer: avec de la musique dans les oreilles, mon trajet de métro était bien plus plaisant à fantasmer.

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