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« Stolen Jars », pour embrasser la vitalité du printemps.


Auriez-vous une envie de printemps, peut-être même d’été. Envie de cette fragrance de bitume qui se révèle après la pluie. Celle que l’on retrouve furtivement au zénith d’une éclaircie de Mai, où le soleil reflété sur le goudron mouillé se change en disque de lumière. Je ferme les yeux, ébloui. Alors, en cet instant fugace, je sens la chaleur se décalquer sur mon visage, je respire cette brise humide qui se frotte à mon visage. Cet instant-là je l’aime, il fait vivre.

Il y a dans l’album de « stolen jars »: kept une douceur sonore à la spontanéité joyeuse qui m’a rappelé de tels moments. Je suis dans le train, au premier jour des vacances, en route pour les paysages familiers de ma Provence. Ces instants sont grisants en même temps que rassurants, le sentiment d’être libre et de revenir à une temporalité moins agressive. Vient le temps d’échanger les crissements du métro pour la légèreté d’un vélo.

Je glisse, les graviers s’écartent de ma route, battent le chemin d’un rythme rapide. J’ai l’impression d’aller tellement vite. Les rayons de mes roues deviennent des cordes, les guitares résonnent avec la même énergie que mes coups de pédales. Le vent siffle dans mes oreilles, il chante avec passion sa liberté, son amour du mouvement. Je pense à celle que je vais rejoindre ce soir. Il me semble la voir. Se tiendrait-elle au centre d’un champ de blé, les épis dorés lui caressant les cuisses. Droite, sa silhouette poétique m’appelle à l’innocence des mots doux et aux tendresses champêtres. Un dernier coup de pédale.  Je me redresse et me laisse porter par la vitesse. Du haut de mon vélo j’admire. Je ne sais si j’ai les yeux ouverts, est-ce que cela importe ?

Cet album est touchant. J’y vois la nervosité jouissive d’un Vampire-Weekend, la contemplation heureuse de Youth-Lagoon, l’atmosphère d’une folk aux inspirations pop. Comme dirait ma grand-mère « tout cela a un goût de revenez-y ».

« Jumo », pour se noyer dans l’orchestre d’un océan digital.


Vous avez sûrement eu cette sensation qu’un son semble parfois venir de très loin. Pourtant, là, dans votre casque, il apparaît partout. Comme omnipotent. Est-ce lui qui résonne ou bien moi.

Nomade est mon embarcation. Alors que la mer est plate à perte de vue, la voilà qui se met à frémir pour chanter de longues et douces notes. Elle me réveille de son roulis avec tendresse et volupté. L’eau vient parfois frapper la coque d’une percussion égarée. Me voilà debout, capitaine d’un navire avec pour point de fuite les premières lueurs. Les sillons dessinent mon passage, le vent vient claquer mes voilures.

À mesure que la texture raffinée du gouvernail marque mes tympans, le soleil vient timidement prendre sa place dans mon axe. Mon regard est attiré par l’ombre de mon navire qui file à toute vitesse sur le miroir marin. Il suffit d’un clignement de paupières et la projection de mon vaisseau se mue en une silhouette aux contours de danseuse.  Ses gestes sont amples et mesurés. Nulle saccade n’est perceptible dans l’accomplissement de ses mouvement, les angles ont déserté. Seules les courbes sont aux commandes. Les extrémités de son corps semblent guider son tracé. Tels une bouteille abandonnée a son épopée maritime, ils suivent les circonvolutions de la houle harmonique et la force des courants électroniques.

J’ai le sentiment que si les tourbillons sonores venaient à m’emporter, l’écume nacrée m’élèverait au dessus des vagues. Je tremble dans un mélange de toute puissance et de fébrilité. La mer m’apparaît orchestrale ; maniant la lourdeur du son dans le fracas et le rouleau des vagues, portant mon bateau avec la légèreté d’un tintement de métal sur un mât.  L’ensemble est harmonieux, complexe, grandiose, source de rêves et de folies. Rien ne semble pouvoir perturber sa partition.

Je dois reconnaître prendre un grand plaisir à écouter le travail de Jumo. Il me rappelle le goût de mes premiers amours électroniques, la découverte d’une poésie abstraite et introspective. Mon seul regret concerne les pistes « à featuring » où la mer prend moins un air d’aventure que celui d’une sortie branchée sur un yacht.

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