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“Mansfield. TYA”, pour voir la fantaisie des nuages dans la forme coupante d’un glacier.

Je crois que j’aime bien les gens pince-sans-rire. J’en ai connu un comme ça, un amateur de beurre. À table, entre deux tartines, il ne pouvait s’empêcher de lancer des répliques désopilantes avec le plus grand sérieux. Souvent étranges, parfois graveleuses, toujours inattendues, j’aimais par-dessus tout la rupture comique entraînée par la spontanéité de tels propos.

J’ai retrouvé cette saveur dans ce court album. D’une piste à l’autre je ne sais si les mots qui viennent à mon oreille sont acerbes, sarcastiques, ironiques, ou simplement sincères. Sans doute doit-il avoir un peu de tout cela. Fruit d’un travail de reprise par plusieurs artistes, l’intérêt de cet album réside ainsi dans son mélange des formes et des registres. Aux pistes de Mansfield. TYA chaque artiste ajoute son pigment, son tour de poignet. J’y vois autant de syncrétismes, au pouvoir terriblement dépaysant.

À la première écoute je me suis comme retrouvé devant la Vénus de Milo chaussée d’une paire de tongs jaune fluo. Un travail fin, policé, aux sonorités presque cristallines avec en son sein des propos créatifs à la trivialité parfois surprenante. Il y a quelque chose d’un délire artistique, et j’aime ça. Voulez-vous partir écouter une complainte légèrement dépressive à propos de l’ennui dans une boîte qui passe de la cold techno ? Ou peut-être, pourrions-nous nous lancer dans l’écriture d’une lettre d’amour alors qu’une électro hystérique et doucement acidulée prend d’assaut le poste radio.

Mais derrière ces péripéties auditives je trouve une poésie. Les textes d’un bleu glacier laissent entrevoir des évocations imagées, des architectures suggestives aux arêtes nettes et coupantes mais dont l’agencement inspire grâce et éclat en même temps qu’une certaine amertume aux ombres mélancoliques.

À ceux qui trouvent dans la douleur, la beauté de se sentir en vie et l’énergie de se mettre à danser, ou même à se moquer du monde, puisse cet album vous inspirer.

« Luísa Maita », pour plonger dans l’intensité du rouge à lèvre carmin.


Les couleurs m’ont toujours été d’un grand soutien lors de la retranscription d’une ambiance sonore. Avec le temps et les écoutes successives la teinte de chaque son s’affirme au sein de mon imaginaire auditif. Et si mon nuancier prendra certainement encore plusieurs années avant d’arriver à maturation, les grands traits y sont stabilisés. Aujourd’hui on parlera de Rouges.

Un tabouret à trois pieds, central dans la pénombre, il est éclairé par une ampoule aux filaments rougeâtres. Au son criard du jack qui se branche, la foule, alerte, se mue en une mer silencieuse. Le rouge se fait plus intense, il commence à peindre les visages. Une silhouette féminine, presque esquissée se détache de son piédestal. Saisissante, fine, intense et sensuelle elle approche sa voix. Ses bras s’ouvrent. Je sens ses mains qui se posent avec douceur sur mes épaules. Ses lèvres habillées de braises montent à mes oreilles, les enivrent de suaves vibrations.

Le son résonne en moi, plein et brûlant. Je me sens comme au creux d’une serviette chaude, enrobé. Le rouge prend alors des teintes pourpres aux reflets de velours. Ce sont les rondeurs des basses qui m’inondent, mon cœur s’échauffe. J’entends les percussions qui se rapprochent. Au souffle des cymbales qui s’entrechoquent les lèvres braisées se ravivent. Prises par la nouvelle dynamique les cordes suivent l’appel d’air. En tension elles sont indispensables à une voix qui se livre à un spectacle de funambule. Les chansons se suivent telles les robes d’un défilé, collections et déclinaisons élégantes d’une même sensibilité. Une soie légère à la découpe échancrée et aux reflets framboisés se porte très bien sur quelques claviers sucrés tandis qu’une longue robe sensuelle bordeaux s’accompagne parfaitement de percussions tamisées sur fond de nappes profondes.

Cet album est relativement homogène. La dominante magenta est certaine, ce qui pourra provoquer chez certains un sentiment de monotonie, néanmoins le dégradé est assez bien fourni pour se laisser surprendre même après plusieurs immersions.

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