Monthly Archives: septembre, 2016

« Cross record », ou le fragile souffle de vent dans le canyon désertique.

wabi

Bandcamp a cela de particulier qu’il crée parfois des histoires d’amour, comme toujours faites de rencontres et de séparations. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Wabi-Sabi, album dont il est aujourd’hui question, en février dernier. Sa jaquette  m’avait tapé dans l’œil et j’ai eu tôt fait de l’inviter dans ma wishlist. Bien qu’alléchant Wabi-sabi fut cependant trop prude, il ne voulait pas se découvrir au-delà de deux pistes ; à moins de m’engager dans une relation sérieuse avec lui. Le temps est venu de faire son affaire ; lors d’un ménage de printemps sur ma page je l’ai renvoyé chez lui. Or, voilà que fin août je le recroise au gré de mes promenades digitales. Piqué par la même passion qu’autrefois et regrettant mon comportement envers lui, j’ai immédiatement passé commande.

Cet album est pour moi la photographie d’un paysage en time-lapse. Si le cadre et le sujet de cette photo restent les mêmes, chaque piste propose une configuration différente de ce paysage.  Mon imaginaire me donne à voir une terre séchée et craquelée au cœur d’un canyon aux tons ocres, laissant apparaître en arrière plan un ciel bleu clair d’une beauté puissante et immaculée. Un équilibre frêle nait ainsi du balancement entre les cordes desséchées aux accents métalliques, les percussions à la lourdeur intimidante et un chant évoluant dans une sorte d’expire doucement fragile.

La reconnaissance de ce décor aride à la poésie sauvage se voit changée alors que, le ciel se charge de nuages, que le bleu se mue en un aplat de noir étoilé, que la chaleur du soleil à son zénith se fait pesante même pour le plus petit des scorpions. Parfois on croit percevoir des perturbations extérieures, tels les cris d’un animal sauvage ou bien le crépitement d’un feu rendant les profondeurs nocturnes moins pesantes.

Dans cet album, Cross Record a gravé un message sincère, profond dans des palettes de couleurs plutôt sombres. Mais, plus que tout, on y trouve un quelque chose d’inspirant, de porteur.

En attendant la suite, l’ennui n’est pas ici.

« July Talk » , Ou le rock surprenant de La Belle et La Bête

July Talk fait partie de ces groupes qui, à la première écoute, provoquent un certain étonnement. De prime abord, ils ne semblent pas prétendre faire dans l’originalité : un chanteur, une chanteuse, et la formation classique bassiste-batteur-guitariste. Sur le papier donc, dans leur album éponyme, rien de susceptible de me séduire outre mesure,  moi qui n’éprouve en temps normal qu’une attirance limitée pour le rock.

Et pourtant, dès les premières paroles, je n’ai pu m’empêcher de hausser les sourcils. Pourquoi ? D’abord, parce que ces musiciens polyvalents ne se cantonnent pas à cette formation éculée et n’hésitent pas à venir l’enrichir. Ils évitent ainsi de tomber dans la redondance : entre deux morceaux de rock assez basiques, on tombera sur du piano, quelques touches saturées de synthé … Sans toutefois jamais vraiment flirter avec l’électro/pop. Mais aussi et principalement, à cause de ce duo de voix, qui fait à la fois l’âme et l’intérêt majeur du groupe.

Dans The Come Down Champion, ces deux aspects sont tout particulièrement mis en avant :

Le morceau amène immédiatement une ambiance paisible, douce. Le rythme est lent, tandis que la partie instrumentale, épurée, mélange essentiellement percussions aiguës et piano. Rapidement, la voix quasi-enfantine de la chanteuse vient y instaurer une certaine mélancolie. Puis vient le refrain : une voix masculine, grave et rauque, émerge accompagnée par l’omniprésence d’un synthé. On est dès lors saisi par le contraste des voix, l’une fluette l’autre gutturale, semblant appartenir à deux univers que tout oppose.

De cette forte opposition naît une atmosphère propre à July Talk. D’un côté la puissance vocale du chanteur et de l’autre la fragilité apparente de la chanteuse mettent en place un dialogue inattendu, qui vient se développer sur l’ensemble des pistes du projet. Ceci est exacerbé par le fait que la structure de l’album, soigneusement étudiée, repose elle-même sur l’intéressante dichotomie de deux ambiances distinctes : des premiers morceaux ressort une véritable énergie, qui met particulièrement en avant le timbre singulier du chanteur. Celui-ci y occupe alors le plus gros de l’espace. En revanche, dans la seconde moitié de l’album, les pistes deviennent plus calmes. S’agrémentant parfois d’une touche de spleen, elles collent finalement mieux à l’empreinte vocale de la chanteuse.

Si agréable soit-elle, une telle construction présente un risque majeur : à trop vouloir jouer sur des contrastes préétablis, on peut finir par en devenir prévisible. À l’heure où j’écris ces lignes, July Talk n’a encore sorti qu’un seul album. Celui-ci est à mon sens une réussite, mais je m’interroge : sauront-ils se renouveler et s’inscrire dans la durée, sans essouffler leur recette ?

Boscherelle, nouveau venu sur Lorpheric.com.

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