Monthly Archives: février, 2016

« Alexander Lewis », quand être cambriolé amène créativité.

alexander lewis

Si jamais le titre de cette chronique vous interroge, oui il y a bien une histoire de cambriolage derrière ce single. C’est pour repayer son équipement que Monsieur « Alexander Lewis » a sorti ALL MY SH*T JUST GOT JACKED et cette démarche a su attirer ma curiosité, et peut-être aussi mon empathie.

Avant toute chose je vous invite à dépenser la modique somme de 1$ afin de pouvoir écouter les 3 pistes du single sans temps de chargement. Ces trois pistes n’en sont qu’une et ce serait desservir ce single que de ne pas profiter de transitions fluides et prévues pour l’être.

Les quelques minutes de ce single sont extrêmement intenses. On nage dans une électro qui flirte avec un Big Beat sur fond de rythmiques tribales. Les sons  y sont denses, qu’ils s’écrasent sur mes tympans avec fracas et tumulte. Pour autant, bien loin de moi l’idée de vous proposer du bruit pour du bruit. Plus que l’impact sonore de cet album ce sont les émotions qu’il dégage qui me poussent à vous le proposer.

Ces pistes s’enchaînent telles un récit, racontant chacune un ressenti, une expérience de vie au fil d’une progression très naturelle. Les premiers instants expriment peut-être un malaise, une expérience chamanique difficile mais formatrice. A cette phase de balbutiements douloureux succède un balancement entre des phases douces et violentes comme si l’accès à une jouissance intérieure était toujours parasitée par un je ne sais quoi échappant à tout contrôle. Enfin La troisième piste qui est par ailleurs la plus longue fait la part belle à des sons plus optimistes. Sans perdre en puissance on s’y sent plus apaisé, je m’y sens comme au début d’une histoire amoureuse où la crainte du rejet s’évanouit pour laisser place à une envie d’aller vers l’avant.

Ces 8 minutes, même en boucle, en appellent à mon endorphine. Alors que j’avoue avoir parfois du mal à créer des images sur une musique purement synthétique, je peux vous assurer que mes sens sont ici exaltés à tel point que la fin du morceau, plutôt ouverte, n’en est que plus frustrante.

« Vienna Ditto », quand le Far west se met au goût du jour.

Vienna-Ditto

Il est des fois où le mélange réussi est là où on ne l’attend pas. Pour tous ceux qui ont aimé ce blues des grandes plaines, tout en étant avides de sonorités électros, cet album tout entier est pour vous.

Nous parlons aujourd’hui du premier album, Circle, de « Vienna ditto » un duo originaire d’oxford. Je tiens à dire que le petit côté western de cet album est ce qui m’a poussé à vous le proposer. Ne vous attendez toutefois pas à danser la Square Dance, il s’agit plutôt d’une impression de fond, d’un filtre sépia légèrement vieilli sur une musique à la page.

On découvre dans cet album un blues brut et expressif se balançant entre pop et rock. Les cordes rauques et usées par l’alcool se doublent d’une rythmique au galop, le tout transmettant une véritable puissance. Néanmoins ces élancées sauvages sont tempérées par des espaces calmes où le soleil brûlant laisse place à une brise légère et sensible. Dans ces paysages tantôt caverneux tantôt libérateurs s’immiscent nombres d’hallucinations électroniques. C’est bien cette fusion qui fait toute la singularité de l’album. À la manière d’un rêve les multiples nappes et percussions électroniques nous suggèrent le doux bruit d’une rivière souterraine quand toutefois il ne s’agit pas des éclats d’orage. Mais cet album est  également chanté. La voix de la chanteuse se plie impeccablement à toutes les circonstances musicales. Elle nous porte et nous emporte au gré de ses émotions, nous figurant plainte, injustice ou encore amour.

Les nombreuses influences m’ont apporté un véritable plaisir lors de mes écoutes répétées, bien que certaines peuvent être presque trop voyantes à l’image de Hammer and a Nail me rappelant sans cesse l’air de ce pénitencier animal de La Nouvelle-Orléans.

Cet album présente des qualités indéniables, l’orchestration y est étonnamment riche et les nombreuses bonnes surprises effacent les quelques reproches, (notamment l’impression d’un album inégal) que j’aurais pu avoir lors de mes premières écoutes.

 

« Oki Dub Ainu », réenchanter la forêt magique

OKI-DUB

Cette semaine, enfilez vos bottes en peau de phoque et votre plus belle chapka. Nous partons à la découverte de chansons venues du froid : l’œuvre du Oki Dub Ainu Band.

Il n’y a pas si longtemps, le nord du Japon était un jardin. Une forêt broussailleuse et magique peuplée de monstres et de fantômes. Une terre vierge, inconnue des empereurs de Kyoto et des samouraïs du sud. Cette île septentrionale était le territoire des aïnous, société indigène animiste vivant de la pêche et de la chasse à l’ours. Le soir, autour de l’âtre, les vieilles du village se réunissaient pour chanter la légende du dieu renard ou de l’esprit des bois.

Combattu par les forces de l’Empire, ce mode de vie a aujourd’hui disparu au profit de la civilisation nippone. Subsiste une minorité ethnique, reconnue par Tokyo. Mais, pour beaucoup, il s’agit aujourd’hui d’une culture morte destinée aux musées et aux livres d’Histoire. La musique aïnoue s’est donc muée en une attraction touristique, presque un fossile sonore.

Et puis Oki est arrivé.

Fils d’un sculpteur influent qui popularisa le design indigène, Oki a pris le relais de son père en adaptant des mélodies millénaires aux oreilles du XXIème siècle. Sa musique tient du nabé, ce plat de l’hiver où tous les ingrédients sont jetés dans une marmite fumante. Une louche de reggae jamaïcain, une pincée de riff mystique et une cuillère de chœur féminin chaloupé.

Son orchestre, le Oki Dub Ainu, s’efforce depuis plus d’une décennie de redonner  à l’Aïnou – langue sauvée de justesse par quelques anthropologues – son caractère sacré, remuant et enchanté. Sur une ligne mélodique au tonkori – une petite harpe de bois au son sec et chaud – se posent des voix venues tout droit du monde des esprits. Entre rituel chamanique et incantations oniriques, le japonais ressuscite la musique d’un pays disparu le temps de quelques balades cadencées.

Les traditions aïnoues affirment que les hommes doivent suivre la voie de certains animaux-totems immortels. À choisir, les chansons d’Oki tiennent du saumon : sautillantes, toujours à contre-courant et bien décidées à rejoindre la grande rivière des origines.

Julius, nouveau venu sur lorpheric.com

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